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Publié : 26 janvier 2009

Jeudi 22 janvier

Le métier de chaudronnier

Découverte du monde professionnel

Jeudi 22 janvier, 10h20, nous arrivons au siège de l’entreprise Le Garrec dans la zone industrielle de Tréhonin à Pontivy.
Nous avons rendez-vous avec Messieurs Patrick Husson et Christian Decorte pour découvrir le métier de chaudronnier.
Christian Decorte a 60 ans. Son départ à la retraite est programmé pour le mois prochain. Il est chef de l’atelier chaudronnerie de l’entreprise et il sera remplacé par Patrick Husson.

Nous interviewons monsieur Decorte sur son itinéraire.
Laissons-lui la parole :


Christian Decorte
60 ans
Chaudronnier
Chef d’atelier


Ma formation initiale
J’ai été scolarisé dans la région parisienne.
J’ai suivi le collège jusqu’en classe de 5ème puis je me suis orienté vers un CET (collège d’enseignement technique, remplacé depuis 1976 par le lycée professionnel).
Là j’ai suivi pendant 3 ans une formation dans la spécialité « Travail des métaux en feuille ». Ce terme désigne la mise en forme et l’assemblage des tôles métalliques, autrement dit le travail du chaudronnier.
En 1966, à l’âge de 16 ans 1/2, j’ai obtenu mon CAP de Travail des métaux en feuille.

Mon parcours professionnel
De 1966 à 1970
Pendant 4 ans j’ai travaillé dans une entreprise qui fabriquait des bâtis de machine outil. Il s’agissait de presses hydrauliques et mon travail consistait à découper les différents éléments et à les souder entre-eux.

En 1972 j’ai effectué mon service militaire.

De 1972 à 1983
Pendant ces 11 années, j’ai choisi le travail en intérim.
Le travail en intérim c’est quoi ?
C’est un contrat de travail temporaire. Il suffit de s’inscrire dans une agence d’intérim (comme Adecco ou Manpower). Cette agence se charge de trouver une entreprise qui a un besoin provisoire d’un employé pour effectuer une mission précise.
Ce système m’a permis de découvrir de nombreuses entreprises de la région parisienne mais aussi d’effectuer des missions à l’étranger.
J’ai ainsi travaillé en Algérie dans une fonderie qui réalisait des blocs moteur pour Renault.
En Irak j’ai fabriqué des coffrages métalliques qui permettent de couler du béton (banches) pour la construction d’immeubles.
En Russie j’ai travaillé sur la tuyauterie d’un grand hôtel construit pour les jeux olympiques de 1980.
Au Niger j’ai participé au montage de la tuyauterie d’une centrale thermique.

Ces différentes missions d’intérim m’ont permis d’acquérir une grande expérience professionnelle et de nombreuses compétences dans le domaine de la chaudronnerie et de la tuyauterie. La découverte de nombreuses entreprises diverses et variées et le contact avec d’autres équipes sur des chantiers étrangers ont permis de fructueux échanges qui ont enrichi mon savoir faire.

En 1983 je suis arrivé dans l’entreprise Le Garrec.

Mon métier
L’activité essentielle de l’entreprise est la fabrication de cuves.
Pour fabriquer une cuve on utilise de la tôle plane.
On découpe les éléments de la cuve avec une cisaille à guillotine.
On met ensuite ces éléments en forme avec une rouleuse.
Puis on assemble les différentes parties par soudage.

Reste sur cette cuve à réaliser divers équipements (tuyauterie de transfert, serpentin de chauffage, vannes etc...) et à les monter.

Pour terminer le chaudronnier fabrique une enveloppe en aluminium pour calorifuger la cuve.


Les matières première utilisées
Nous utilisons des tôles en acier inoxydable d’une épaisseur variant en général de 1,5 à 12 millimètres et des tôles en aluminium beaucoup plus légères.
Nous utilisons également des profilés du commerce comme des tubes, des fers plats, des cornières...

Le travail du chaudronnier
- Le traçage :
Il faut dessiner sur la tôle la forme plane qui donnera le volume désiré après mise en forme. Et là, il faut être bon en mathématique, surtout en géométrie, il faut avoir une bonne vision dans l’espace et connaître les règles de la trigonométrie. Heureusement, aujourd’hui l’informatique fournit une aide précieuse.

- Le découpage :
Pour découper le métal nous utilisons des cisailles à guillotine, des scies et des tronçonneuses. Nous réalisons également des trous avec des perceuses pour les trous cylindriques ou avec des poinçonneuses pour obtenir des formes particulières.

- Le formage :
Pour mettre en forme les pièces nous utilisons des cintreuses, des rouleuses et des plieuses.

- L’assemblage :
Les assemblages se font surtout par soudage mais aussi par vissage et rivetage.

- La finition :
Meulage des soudures pour avoir un bel aspect.
Les éléments en inox sont décapés à l’acide pour supprimer les traces de chauffage.
Sur les pièces en acier ordinaire, pose d’une peinture anti-rouille.



Mes responsabilités de chef d’atelier
J’ai la responsabilité des 8 opérateurs qui travaillent avec moi à l’atelier.
J’assure la liaison entre l’atelier et le bureau d’étude.
J’assure également la liaison entre l’atelier et les équipes de poseurs sur site.
Je dois organiser le travail, répartir les tâches à réaliser.

Je contrôle la qualité du travail effectué.
Je gère l’approvisionnement du stock de matières premières en fonction de l’activité de l’atelier.
Je gère la maintenance des machines et des outillages.
Je veille au respect des consignes de sécurité.

Les règles de sécurité
Le port de chaussure de sécurité est obligatoire.
Pour manipuler les pièces métalliques il faut mettre des gants.
L’atelier est bruyant et il est utile d’utiliser des bouchons anti-bruit.
Pour meuler il faut utiliser des lunettes de protection.
Il faut être attentif, regarder où mettre les mains, réfléchir avant d’agir.
Pour souder on utilise un masque anti rayons ultra-violets. Regarder un soudeur sans avoir soi-même de protection peut occasionner un coup d’arc. Il s’agit d’un dessèchement de la cornée provoqué par les rayons UV et qui provoque des brûlures comme si on avait du sable dans les yeux.

Lorsqu’on effectue des soudures à l’intérieur de la cuve, il faut mettre en place un système de ventilation pour évacuer les gaz. On dispose également de cagoules spécialement équipées d’un aérateur.

Les horaires de travail
Du lundi au jeudi : de 7h30 à 12h et de 13h30 à 17h45
Le vendredi : de 7h30 à 11h30
Ce qui fait un total de 39 heures par semaine.
L’horaire légal étant de 35 heures, nous effectuons 4 heures supplémentaires.

Nous avons droit à 5 semaines de vacances par an.
Chacun peut prendre 3 semaines l’été et une semaine l’hiver en s’arrangeant pour qu’il reste toujours un effectif minimum présent car l’entreprise ne ferme jamais complètement.
Il nous reste une semaine qui est laissée à notre convenance.

Les conditions de travail
Pour exercer ce métier il faut être en bonne condition physique.
Nous disposons aujourd’hui d’appareils de manutention pour déplacer les pièces lourdes.
Cependant il est parfois nécessaire de manier fermement la masse pour redresser des pièces qui se sont déformées après soudage.
Dans notre entreprise le travail n’est pas répétitif. Nous ne fabriquons pas de pièces en grande série, chaque commande de client est un cas particulier, nous faisons du sur mesure. Il n’y a pas de routine.
Nous travaillons dans une bonne ambiance, nous ne sommes pas soumis à un stress particulier.

L’épanouissement personnel
C’est un travail où nous avons le plaisir de façonner la matière avec nos mains.
Il faut avoir du doigté, prévoir, anticiper les réactions de la matière pour la plier à notre volonté.
Notre métier demande de la finesse, il faut savoir s’adapter, prendre des initiatives, innover, imaginer des solutions pour maîtriser la matière. C’est un travail d’artisan dans lequel nous pouvons nous épanouir et avoir la satisfaction du travail bien fait.

Les perspectives
Le métier de chaudronnier trouve des applications dans de nombreux domaines de l’industrie et de la recherche pour la fabrication de pièces techniques. C’est une filière qui emploiera toujours de la main d’oeuvre en France. Il est en effet difficile de délocaliser cette activité dans des pays à bas coûts salariaux car les frais de transport sont dissuasifs.
Notre métier profite des innovations techniques. L’ordinateur permet de faire les tracés compliqués. Nous venons de recevoir une presse plieuse à commande numérique qui permet un travail plus confortable et plus précis.
C’est un métier qui permet d’évoluer au sein de l’entreprise. Avec un simple CAP je suis devenu agent de maîtrise, responsable d’atelier. Il y a de la place pour des jeunes motivés et ambitieux. Les niveaux de salaire sont tout à fait satisfaisants.

Post-scriptum

Un grand merci à Christian Decote et à Patrick Husson pour leur accueil chaleureux, leur disponibilité et leur enthousiasme. Merci à Steven Le Garrec, dirigeant de l’entreprise, d’avoir permis cette rencontre.